L’Orient-Le-Jour / F(r)ictions / Dans le Noir (episode 2)

Et voilà ! Un Belvédère on the rocks pour Adam ! Merde, le mari de ma directrice. Je l’avais complètement oublié celui-là.
Ah super, merci Makram. Dégueulasse.
Alors, tu la trouves comment ?
J… Je la trouve comment ? Pardon ? Je suis grillé.
La maison, Adam. Tu aimes bien ?
Ah, mais bien sûr. Oui, j’adore. Mais quel con, quel con. La petite Yasmina s’éloigne. Tu m’excuses une minute ? Je dois passer un coup de fil.

J’avale mon Belvédère on the rocks et sprinte vers la petite. Des mecs à cigares traînent près de l’entrée, échangeant des solutions miracles à la crise économique nationale ; d’autres, vautrés sur un grand fauteuil beige, discutent de sport et de l’argent dans le sport. Une voix me déchire les tympans :
Adam ! Ramène-toi. Les gars du marketing, complètement défoncés. J’ai un appel urgent, j’arrive. Je m’éclipse derrière le fauteuil, le téléphone sur ma tempe. Je fais semblant de discuter et continue de suivre la gamine vers un escalier. Elle monte les marches. Je m’arrête en dessous, adossé sur la balustrade. Je dévore des yeux ses cuisses vibrantes de jeunesse. J’ai envie de les mordre. Elle disparaît derrière une porte et je repère sa chambre.

Je continue à boire et à hocher de la tête pendant que le gang du marketing parle de l’iPhone 6. Tout le monde se contredit mais je continue, quand même, de hocher, acquiesçant à des propos dont je n’ai rien à cirer. Mon regard est scotché sur la chambre à l’étage, dont la lumière est éteinte depuis un bon quart d’heure déjà. Je reviens, les gars. Je pose ma main sur la rampe de l’escalier et commence à monter.

Je suis devant la porte. Je l’ouvre et m’apprête à m’excuser. Je retiens mon souffle : aucune réaction, aucun mouvement. Rien. La pièce est plongée dans un noir inquiétant, un sinistre silence. Un corps effondré sur le lit, immobile. Je ferme la porte derrière moi et patiente. M’impatiente. Une éternité qui m’attise. Mes yeux s’habituent à l’obscurité. Et je la vois. Un drap blanc, léger, presque transparent, enveloppe ses formes. Divines. Des jambes interminables, indomptables, s’échappent. Je les parcours doucement, mes doigts flottant à quelques pauvres centimètres de sa peau. Je vibre. Salive. Ravale. J’arrive à ses chevilles, fines et suaves, manque de peu de les empoigner. D’enfoncer ses pieds dans ma bouche. D’enfoncer mes dents dans ses veines. Qu’elle se réveille en hurlant. Qu’elle s’évanouisse de terreur. Puis de plaisir. Le matelas tangue et me rappelle à la réalité. Instinctivement, je me vautre sur le sol. Terrorisé. Je ne respire plus. Pétrifié. Je transpire. J’attends qu’elle se rendorme.

Je n’ai aucune notion du temps, mais la tempête est passée. Je pense. Je prends appui sur la moquette pour me relever, la paume de ma main frôle un objet. Un tissu. Une culotte. Dentelle. Noire. Je couvre mon visage avec. Je la hume. J’aime. J’ai envie de ricaner. Je me ressaisis. Je froisse la culotte et l’étouffe dans la poche de mon pantalon. Je me relève doucement. Yasmina dort. J’entrouvre la porte, la voie semble libre. Je sors. Et puis une voix :
Vous cherchez quelque chose ?

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