Category Archives: F(r)ictions

L’Orient Le Jour / F(r)ictions / The Night Is Young (episode final)

The night is young and so are we. A trente-cinq ans, je ne sais pas trop. C’est le premier soir du week-end bourgeois, en tout cas. On est jeudi. Vendredi, c’est pour la classe ouvrière. Il est tard dans la nuit, en tout cas. Visiblement je suis bourré. Je ne devrais pas être derrière le volant. Visiblement, je le suis. Déterminé à poursuivre une connasse. Et sa copine. Yasmina et sa copine. La gamine qui me l’avait faite à l’envers. La môme qui m’avait vidé de mon sang. Qui s’était faite prendre devant mes yeux. Qui avait adoré cela. Et moi, certain que j’étais en train de mourir. Pâle comme la mort en personne. Languissant là sur une chaise longue, pétrifié, les yeux rivés sur elle, malgré tout. Des images remontent à la surface de ma mémoire et une nausée s’empare de moi. Me prend par la gorge et s’appuis sur mon torse. L’alcool se réveille. Mon déjeuner, mon dîner, même les cacahuètes du bar. Tout ressuscite. Tout virevolte derrière ma poitrine. Un volcan dégueulasse prêt â exploser. Prêt â secouer le calme sinistre de ma voiture. Dans cette nuit de jeudi, premier soir du week-end bourgeois. Je serre les dents. Je serre les lèvres. La tempête passe.

Cela fait un bon moment que nous ne sommes plus en ville. Un ciel clair mais sans étoiles. Etrange. Le chemin champêtre sur lequel nous avançons est de plus en plus étroit. Aucune lumière sur les bords de route. Des arbres menaçants à droite. Une falaise sans fin à gauche. Une pensée me traverse l’esprit : nous sommes les deux seules véhicule sur cette colline, les filles savent qu’elles sont poursuivies, et ça n’a pas l’air de les troubler. Une pensée glaciale. Sueurs froides. Je me sens fébrile. Pourquoi n’accélèrent-elles pas ? Pourquoi ne font-elles pas demi-tour pour me tester ? Pourquoi n’essaient-elles pas de me perdre ? Je serre les muscles de mon entrejambes pour ne pas me pisser dessus. La route est maintenant si étroite que je ne peux même plus rebrousser chemin. Impossible de s’arrêter non plus, de faire marche arrière : le chemin du retour est long, les phares arrières de ma voiture sont impuissants face à l’obscurité qui m’entoure. Je continue d’avancer alors. J’ai de plus en plus froid. Je me surprends en train de marmonner une prière, pour la première fois depuis plus de vingt ans. Un peu d’espace, mon Dieu je t’en supplie, un tout peu d’espace pour que je puisse faire demi-tour. Rien. Toujours rien. On dirait même que la route se resserre. Se resserre. Puis une lueur d’espoir : une prairie.

Je ne comprends plus rien. Une dizaine de voitures sont garées au milieu de ce nul part. Des voitures neuves, belles, chères. La voiture de Yasmina fait une pause. Je m’arrête derrière elle. Le bruit du moteur s’évanouit. Simultanément, les portes de tous les autres véhicules s’ouvrent. Des hommes et des femmes apparaissent. Jeunes, beaux, bien habillés. Yasmine et son amie aussi. Toutes les têtes se tournent vers moi. Je suis paralysé. Incapable de réagir. Incapable de redémarrer. De faire demi-tour et de disparaître. Les figures avancent vers moi. Leurs yeux brillent. Une sensation de chaleur sur mes jambes. Une odeur d’urine me saisit par les narines. Je ferme les yeux et pleure. J’entends le bruit de ma porte s’ouvrir. Je sens un souffle glacial sur mon cou. Des dents acérées disparaissent sous ma peau.

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’Orient Le Jour / F(r)ictions / She Lost Control (episode 10)

Je suis assis au bar dans un pub louche de Mar Mikhael. A ma droite, Sami avale des Jameson on the rocks à la minute. Un jeune DJ danse maladroitement derrière une console électronique pendant que ses amis hipsters l’entourent, les bras levés vers le ciel, accueillant chaque nouvelle chanson avec des acclamations disproportionnées. Le DJ souris derrière ses grosses lunettes transparentes et une bouteille d’Almaza disparait, de temps en temps, derrière sa barbe raspoutinienne. Mes doigts caressent mon verre de Moscow Mule que je déguste lentement, plongé dans une réflexion existentielle de fin de soirée. Quand Sami me demande à quoi je pense je lui réponds que je ne pense à rien. Il hoche la tête et glousse. Replonge dans son whiskey. Un morceau des Killers me rappelle à l’ordre. Je me retourne pour faire un signe amical au DJ. Une jeune fille franchit la porte d’entrée et vole toute mon attention. Immédiatement. Je ne connais plus les Killers. Je ne vois plus le DJ. Je ne suis plus à Mar Mikhael. Je ne connais plus que son visage, je ne vois plus que ses yeux, je ne suis plus qu’entre ses reins. Oui, mon imagination est vaste, rapide. Mon meilleur ami l’aperçoit également. Est sur le point de me pousser du coude mais ma question l’interrompt : quelle est la première chose que tu remarques chez une fille ? Quelques secondes de silence. Ses lèvres, me dit-il. Et toi ? Je n’ai même pas besoin de réfléchir : sa chatte, bien évidemment. Et je suis très sérieux. A chaque fois que j’aperçois une femme, je scrute sa peau, la texture de sa peau, la couleur de sa peau. La forme de ses yeux. Sa silhouette. Sa structure osseuse. La générosité de sa bouche. Sa poitrine, l’espace entre ses seins. Son entrejambe. Surtout, ses chevilles. Et puis, tout se dévoile. Une image parfaite de sa chatte se dessine dans mon esprit. Je ne me trompe jamais. Il m’est déjà arrivé de convoiter des femmes qui, à priori, ne m’intéressaient pas particulièrement, et les trainer dans mon lit, rien que pour confirmer mon intuition première sur leurs chattes. Un défi personnel, un pari entre amis, peu importe. C’est un peu similaire à la pratique d’une langue : on commet inévitablement de moins en moins de fautes au fur et à mesure que l’on s’exerce. On appelle cela de l’expérience. Et Dieu sait que j’en ai.

La jeune fille commande à boire. Le barman la juge trop jeune et lui demande une pièce d’identité. Elle fait semblant de chercher dans son sac, mais nous savons tous qu’elle n’en sortira jamais rien. Encore une gamine, bordel. Le barman s’excuse et lui fait signe de sortir. Gamine. Pour cacher sa honte, elle fait semblant de prendre un appel téléphonique, se dirige vers la sortie. Je la suis. Sami n’intervient pas : il me connaît bien et a l’habitude. Des taxis s’arrêtent devant la petite qui leur fait signe de dégager. Plusieurs taxis. Et les mecs relous du samedi soir. Puis une Mercedes noire. Je reconnais la conductrice. La petite fille ouvre la porte, se glisse sur le siège à côté de Yasmina. Un élan incontrôlable me fait bondir vers ma voiture. Je ne les lâche pas du regard. Merci, embouteillage. Je démarre le moteur et m’incruste dans la file, à deux voitures d’elles. Je ne sais pas ce que je suis en train de faire, mais mon cœur bat très fort. Je les suivrai jusqu’au bout.

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’Orient Le Jour / F(r)ictions / No Smoking (episode 9)

Je suis affalé sur ma chaise et Liliane est en face de moi. En jupe courte, assise sur mon bureau, les cuisses écartées. Mes yeux rivés sur son entrejambe. Ses paumes moites écrasent le bois de chêne, elle s’étire la nuque de droite à gauche et de gauche à droite, la tête tournée vers le plafond. Le ventilateur rôde au-dessus d’elle comme un vautour alléché sur sa proie. J’avoue avoir eu de la chance de l’avoir comme ange gardien, ma secret Santa, pendant cette période de fêtes. Car Liliane savait que j’aimais les pipes. Et Liliane a été très généreuse. Pendant toute une semaine elle m’a comblé de cadeaux. De pipes surprises à des moments imprévus de chaque journée. Cachées partout : sous mon bureau, dans l’ascenseur, dans le parking, dans ma voiture. Elle n’en avait que faire de la politique non-fumeur des locaux de la boite dans laquelle nous travaillons – elle savait esquiver les détecteurs d’incendie (lire : les caméras de surveillance.) Et j’étais ravi. Fou d’elle. Ce genre de gamines discrètes qui ne se font jamais remarquer au début. Timides. Qui se cachent derrière leurs copines plus aguicheuses, plus grosse gueule, parfois plus jolies, peut-être. Ce genre de gamines qui ne font jamais le premier pas, qui ne te lancent pas de regards séducteurs, qui ne défilent pas devant ta porte à longueur de journée, assoiffées d’attention. Liliane, c’est le genre de filles qui prennent leur temps, suscitent ta curiosité, te laissent doucement venir vers elles. Puis te dévorent. Et te rendent accros. Accro à elle. A ses étrennes divines qui me pompent vers le ciel. A ses petites lèvres pleines qui me collent à la peau. A son regard innocent qui s’enchâsse dans mes yeux. En contre-plongée. A son irrésistible manière de s’essuyer la bouche après chaque repas. A son clin d’œil envoûtant en guise d’à plus tard.

Je m’approche doucement pour déguster la petite. Le téléphone sonne et nous ramène à l’ordre. A l’autre côté du fil, Leila, ma patronne. Furieuse. A cause d’un client furieux. A cause d’une revue de presse un peu too much que j’ai rédigé il y a quelques jours, pendant que Zina grondait à ma fenêtre, que Liliane grondait aussi, à quatre pattes sous mon bureau. Leila m’engueule et me traite d’irresponsable. D’ivrogne. De pervers. De mauvais goût. Me sermonne sur l’autocensure. Sur les limites de la décence. Qu’il y a des lignes à ne pas franchir. Que les femmes ont droit à leur jardin secret. Que la sacralité de l’acte sexuel est réelle. Que nous devons la conserver. Que nous devons la défendre contre un monde qui ne connaît plus de morale. Un monde virevoltant dans un chaos éthique sans précédant. Que nos valeurs orientales sont saintes. Que la retenue méditerranéenne est noble. Et un tas d’autres réprimandes auxquelles je ne fais plus attention. Avant de m’annoncer qu’elle quitterait le bureau plus tôt aujourd’hui, afin de participer à la manifestation de #jesuisCharlie pour la défense de la liberté d’expression. Elle ne me laisse pas le temps de réagir. Et raccroche.

Les genoux de Liliane s’impatientent. Se resserrent autour de mes épaules. Me font signe d’avancer. Je tente de capter son regard, en vain. Sa tête est suspendue en arrière. Ses mains caressent mes cheveux. Je la saisis fermement par la taille. L’immobilise sur place. Et plonge, la tête en premier.

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’Orient Le Jour / F(r)ictions / Zina et Mia (episode 8)

Un peu de vent et de pluie sème la panique. L’apocalypse. En bon mouton culturel, on lui donne même un nom, comme nos amis drama queens américains : Zina. Que notre ville redoute depuis quelques jours. Zina – décorations, en arabe, – dont les bourrasques détruisent les sapins synthétiques, guirlandes et autres boules brillantes pendues sur les réverbères. Zina, une ironie glaciale.

Je suis de retour au bureau après une semaine de congé, sous prétexte d’avoir souhaité passer du temps avec ma famille. En réalité, j’avais plutôt besoin de me ressaisir après l’enlèvement malsain dont j’ai été victime. Le lendemain de Noël, je suis monté rester pendant quelques jours chez Sami, beau gosse de confiance au double statut d’ami d’enfance et de meilleur ami. De seul ami véritable, en réalité. Je lui confiai absolument tout, jusqu’au moindre détail. Ensemble, nous avons réfléchi à un plan d’action qui garantirait ma vengeance sans faire beaucoup de bruit. Sans faire parler de moi, surtout. La jouissance de la victoire sera belle, mais la discrétion avant tout. Et j’ai hâte.

Je suis devant mon écran en train de naviguer sur mon profil Facebook lorsque je tombe sur la star de la semaine : Mia Khalifa. Je clique sur un lien pour visionner ses vidéos. Un éclair m’alerte. Le tonnerre gronde. Mon bureau tangue. Mon cœur s’arrête. Mon cœur se ressaisit. Zina est jalouse, me dis-je, et ça me fait sourire. Aucune pensée sexuelle, aucune érection depuis des jours. Un pétillement au niveau de mes pieds remonte doucement vers mes cuisses. Ma libido ressuscite après une semaine de mort – un record personnel. Mia possède un physique ingrat mais je comprends pourquoi le pays est en feu: Mia, c’est la fille du voisin qui habite encore chez ses parents, qui tous les matins grimpe dans sa Nissan Tida rouge, s’en va se poser derrière le comptoir chez Banque Byblos, compte des billets, encaisse des chèques, et tamponne des paperasses inutiles. Mia, c’est la paysanne originaire de Zahle, une prude dont le papa, chasseur de hyènes et de loups, ne veut offrir à personne. Mia, c’est la fille du village qui a été téléporté aux States sans même passer par Beyrouth d’abord. La fille à qui on n’a pas appris que toute bonne Libanaise se fait faire les sourcils et se fait raser les poils des bras, avant d’apparaître en public, avant de se prendre en photo ; surtout, avant de se faire prendre devant une caméra. Mia, c’est la fille qu’on s’imagine hurler akh au lieu de oh yes. Qu’on s’imagine en costume d’écolière du Metn au lieu d’une jupe de majorette à la Britney Spears. Mia, c’est tout le tabou de la sexualité de la femme libanaise et arabe incarné en une paire de seins disproportionnés et dégueulasses, de la cellulite qui n’a honte de rien, et qui, toute fière, nous dit tous d’aller se faire foutre. Mia, je l’aime bien, en fait.

Je suis sur le point de baisser mon froc lorsque Zina gronde de nouveau. Quelqu’un frappe à ma porte. Je referme l’écran de mon ordinateur violemment et fait semblant de chercher des papiers dans un de mes tiroirs. La jolie Liliane, junior art director, apparaît. Adam, tu es enfin de retour ! Je viens te donner ton cadeau de Noël. C’était moi, ton Secret Santa…

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’ORIENT LE JOUR / F(R)ICTIONS / NOEL (episode 7)

Je suis libre. Mon soulagement est tel que je refuse de penser à ce qui vient de m’arriver. Les quelques derniers jours en enfer sont refoulés. Je craquerai plus tard. Je m’énerverai plus tard. Je pleurerai plus tard. Maintenant je suis libre. Dans la rue, entouré de piétons et de voitures. Je regarde vers le ciel et ferme les yeux, le soleil d’hiver caresse mes paupières, tendrement. Une larme se forme dans le coin de mon œil. Je souris. Une date clignote au-dessus de la pharmacie du coin et le bordel autour de moi s’explique. Un bordel qui pour une fois ne m’agace pas. Ni les shoppers pressés qui se bousculent – qui me bousculent – sans s’excuser. Ni l’absurdité de joyeux chants de Noël surimposés sur une fanfare de klaxons frustrés, un concert d’engueulades enragées, une armée de visages en colère.

Pour une fois rien ne m’agace. Je regarde le monde et tout m’attriste. Le jeune homme qui vient de dépenser trois petits salaires pour impressionner les parents de sa fiancée. Et à aucun moment ne se sent révolté. Il trouve cela normal et ça m’attriste. Le père de famille jonglant entre deux temps pleins pour répondre aux caprices d’un enfant monstre, insensible, qui ne fait qu’envier ses camarades de familles plus aisées. Et tout le monde trouve cela normal. Et la mère qui fait ses emplettes par obligation – celle de rendre des cadeaux reçus qu’elle n’a jamais voulus. Qu’elle aurait préféré ne jamais recevoir. Et les employés du Burger King, portant des chapeaux de Noël, pour amuser la galerie. Qui manque de cœur. Et les serveurs de chez Zaatar W Zeit, des phrases comme I Am Happy imprimées sur leur tenues de travail, obligés de supporter des clients toute la nuit, après une soirée arrosée au Mandaloun. Et ceux du Roadster, improvisant des chorégraphies autour d’un minigâteau d’anniversaire, pendant que des étudiants ricanent méchamment. Et le petit ouvrier avec ses deux enfants sur une carcasse de scooter qui n’avance plus, presque noyé dans une flaque d’eau, à cause de la pluie d’hier. Et le mec du Starbucks de la place Sassine, les poumons pollués, subissant une leçon de professionnalisme de la part d’un businessman raté, outré de n’avoir eu qu’un seul shot d’Espresso dans son café alors qu’il en avait demandé deux.

Mais bizarrement rien de cela ne m’agace plus. Ma tristesse ne laisse place à aucun autre sentiment. Tristesse. Une exhibition de l’injustice sociale. Une tradition de la cruauté. Des cadeaux empoisonnés. Des plaintes. Des yeux en colère. Des bouches qui rugissent. Des enfants qui pleurent, qui se laissent tomber au sol, des parents qui les traînent par une manche de manteau. Je me souviens de mes propres caprices d’enfant et pense à ma mère. L’idée de la voir ce soir me réjouit. Je souris de nouveau. Nous dînerons ensemble comme nous le faisons depuis toujours. Et tout le reste disparaîtra. Et la misère du monde disparaîtra. Et toute cette tristesse qui m’enveloppe ne sera plus. Et uniquement ce soir-là, Noël aura enfin un sens véritable. De calme. De sérénité. D’amour.

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’ORIENT LE JOUR / F(R)ICTIONS / FLASHBACK (episode 6)

Involontairement, je pense à ma mère. Parce que ça m’apaise, sans doute. À ses yeux grands ouverts, noirs comme la nuit. Noir comme les miens. Elle me sourit. On est affalés sur une plage presque déserte, c’est une belle journée d’automne. Le soleil de midi est fier au milieu d’un azur bleu parfait. Le soleil de midi est doux, sa force s’éclipse derrière une brise bienveillante qui me caresse la peau. Des grains de sable et de sel marin s’envolent, virevoltent dans les boucles d’or de ma mère. Elle sourit. Un de ces sourires amers qui vous fendent le cœur en deux. Elle croit que je ne sais rien, croit que je ne sens rien, parce que je ne suis qu’un gamin. J’ai dix ans, et ma mère et moi sommes seuls au monde. Parce que l’été dernier nous avons tout perdu. Mon père et mon frère à cause d’un accident de voiture. Toute notre fortune à cause d’une escroquerie judiciaire, lancée par l’associé de mon père. Heureusement, ma mère a réussi à garder de quoi nous acheter un petit appartement dans les faubourgs de la ville, et de quoi veiller à ce que je termine mon éducation scolaire. Et Dieu s’occupera du reste, je l’entendais confier à ses copines, au téléphone la nuit, pendant que je faisais semblant de dormir. Ma mère ne se doute de rien, mais j’ai dix ans et je sais tout.

Ma tristesse d’enfant est vite remplacée par une haine d’adulte. Une haine envers l’associé de mon père, son soi-disant meilleur ami. Une haine envers ce même homme qui, le jour de l’enterrement, fit des avances à ma mère, accablée, faible, perdue. Envers ce monstre qu’elle a rejeté. Envers ce mégalomane qui nous a privés de tout, seulement pour la punir. Une larme coule sur la joue de ma mère. Mes dents se serrent derrière mes lèvres cousues. Ma haine augmente. Elle ne se doute de rien. Je repose ma tête sur son épaule et elle m’enlace en silence. Un infini céruléen. Un voilier qui longe la baie. Un cormoran qui s’élance dans le vide. Les boucles de ma mère qui me couvrent le visage. Une larme timide dans le coin de mon œil. Je ferme les yeux et jure vengeance. Je ne te le dis jamais, mais je t’aime. Je prendrai soin de toi. Et lui, je le détruirai.
J’ouvre les yeux. Mes mains sont libres, mes jambes aussi. J’entends des pas derrière la porte qui s’ouvre aussitôt. La femme de ménage entre. Elle me tend un verre d’eau et une banane. J’avale le tout instantanément. Je suis sur le point d’ouvrir la bouche, elle me fait signe de rester silencieux. Le jeune homme apparaît, suivi de Yasmina.

Ne pose pas de questions. Tes affaires et tes vêtements sont dans ce placard. J’ai appelé le bureau et leur ai dit que tu étais malade, tu n’auras pas à aller bosser demain. Tu es libre de partir maintenant. Inutile de te rappeler que si tu en parles à qui que ce soit, on le saura. Et on te trouvera. Je te laisse imaginer la suite. Merci encore d’avoir retrouvé la dentelle de Yasmina, elle y tient beaucoup. Et merci pour ton très généreux don. C’était délicieux.

Un clin d’œil. Ils disparaissent. Ma mère et moi. Seuls au monde.

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’ORIENT LE JOUR / F(R)ICTIONS / ENLEVEMENT (episode 5)

J’ai très mal dormi hier soir. Le mail que j’avais reçu n’a cessé de me tourmenter jusqu’à l’aube. Mon alarme a sonné au moment où je commençais à m’assoupir, puis l’enfer, le matin, au bureau. Les nanas qui piaillent dans l’espace cuisine, les mecs qui se pavanent comme des coqs, annonçant haut et fort les sommes gagnées aux paris sportifs de la veille. Et un rendez-vous avec un gros client de l’industrie automobile : une directrice marketing qui pendant des heures me tanne de détails sur la prestigieuse histoire et les nobles valeurs de la marque qu’elle représente. Une marque devant laquelle nous devons tous nous incliner, dit-elle. Je pense à l’homicide – elle continue de parler – puis au suicide. Puis au sinistre mail. Puis un miracle : la journée se termine. Bonnet, foulard, manteau, parapluie. En voiture, je peine à voir devant moi, les routes sont inondées, le vent rugit. J’arrive à destination – l’adresse du rdv dans le mail – et monte au sixième. La femme de ménage de Leila, ma directrice, ouvre la porte avant que je n’aie le temps de frapper. Mes genoux flanchent. Tout devient noir.
Je reprends conscience. Intolérable mal de tête. Autour de moi tout est flou, brumeux, sans forme définie. J’entends des choses, mais tout est vague, évasif, une absence de sens total. Un mal de tête et la tête qui tourne. Où suis-je ? Sa3at Sa3at de Sabah dans mes oreilles. Je tente de me ressaisir, de réorganiser mes pensées, les événements de ces quelques dernières heures. Ou plus. Je récapitule. Me rends compte que je m’étais évanoui. Je suis étrangement excité : je suis certain d’avoir rêvé de cul. Une minute passe. Des formes se manifestent lentement. La pièce est blanche, clinique, propre. Une odeur de cuivre, acide. Des gémissements entremêlés à la voix de la diva défunte. J’essaie de me lever, mais mon corps est absent. Mes poignets sont ligotés, mes pieds aussi. L’angoisse m’empoigne : je suis allongé sur un fauteuil dentaire, les jambes écartées. Je redresse la tête et les aperçois. Un homme et une femme, le teint blafard, nus ou presque, à genoux entre mes cuisses, occupés. Mon sexe est raide, vertical, veineux. Mon souffle se coupe, je me crispe. La jeune femme remarque ma prise de conscience, me dévisage, je la reconnais. Yasmina. Elle sourit, fait signe à son compagnon. Tous deux se regardent et ricanent. Ils se lèvent doucement, en unisson. Une culotte en dentelle noire cache le bas-ventre de la jeune fille. Je les suis des yeux, ils se dirigent vers ma gauche, s’arrêtent. Devant eux, un tuyau alimente un pichet transparent, reposant sur une table de marbre. Un liquide rouge. Du vin, ou du jus de canneberge. Je traque le tuyau et manque de m’évanouir. Une seringue plantée dans mon épaule me draine le corps, me vide de mon sang. Je veux hurler mais la force m’échappe, ma tête tourne toujours. Nausée. Larmes.
Le jeune homme saisit le pichet et se désaltère. Yasmina fait de même. Remet le récipient sous le tuyau. Enlève sa culotte et se positionne à quatre pattes au milieu de la pièce, à quelques pas de moi. Le jeune homme est derrière elle. Il me regarde droit dans les yeux. Je suis en sanglots. Sa3at sa3at.
ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’Orient Le Jour / F(r)ictions / Au Bureau (episode 4)

Je ne suis pas rassuré. Pas à cause d’une fête d’indépendance dénuée de sens, d’une parade militaire inexistante devant un président fantôme, d’une guerre religieuse à Tripoli. Non. Je ne suis pas rassuré à cause d’un bout de dentelle noire. Et d’une femme de ménage. Et ça m’agace. Je tente de me distraire en regardant le ciel, dehors, de l’autre coté de la fenêtre. Il pleut. L’hiver a débarqué en un clin d’œil il y a quelques jours, et les femmes sont ravies. Fourrures vintage, cuir intemporel, daim et chamois ressortis des 90s. Elles musardent toutes avec des cadavres sur le dos. Une cruauté ignare qui m’agace encore plus.

Je me retourne vers mon écran. Je me force de paraître le plus naturel possible devant mes collègues lorsqu’ils passent devant ma porte. J’ai peur de divulguer ma paranoïa. Je suis métaparanoïaque. Mon néologisme me fait sourire. Je parcours des e-mails sans vraiment y prêter attention, sous prétexte de brainstorming. Mon rôle dans cette boîte est de concevoir des idées novatrices, des idées anticoncurrence, des idées qui vendent. Souvent, je n’ai qu’à m’enfermer dans mon bureau et annoncer que je bosse pour qu’on me foute la paix. Je méprise le monde de la pub. Mais je ne me plaindrai pas : ici, je me sens comme un roi. J’ai galéré pendant des années, m’étant persuadé que j’étais un artiste, que mon art allait changer l’histoire du cinéma. Mais à trente-huit ans et sans le sou, j’ai dû me heurter à la dure réalité : je suis sans talent réel et d’une prétention grossière. Heureusement, grâce à ma belle gueule et à quelques contacts de ma mère, j’ai réussi à me faire embaucher dans cette boîte de merde où ma médiocrité est adulée, où je suis acclamé comme un artiste déjanté, perçu comme un marginal – parce que j’écoute de la musique un peu moins populaire que la radio locale. Ici, ils sont tous pathétiques. Nos clients sont tous pathétiques. Et moi aussi, je suis pathétique. Heureusement, j’ai une formule simple pour supporter tout cela : chaque matin, en sortant de la douche, je me persuade que je suis en train de m’habiller pour un rôle. Dans un long métrage ou dans une série télé. Peu importe. J’arrive au bureau et entame ma performance. Distancié de tout. Je vois mes collègues en stress devant les chiffres de cette année, les comparant à ceux de l’année dernière, et ça me fait rire. Je les vois sortir de chez la directrice en pleurs, ça m’énerve. Je les vois baisser la tête, obéir, esclaves d’une boîte qui profite à un connard qui vaut moins que rien. Ça me donne envie de leur cracher dessus.

Je perds un peu de temps en cherchant Yasmina sur Facebook. Facile. Je clique sur ses images et repère les albums d’été pour la voir en maillot de bain. Délicieuse. Je ferme la porte de mon bureau à clé et me masturbe. J’adore. Ting. Mon écran me fait signe. Un nouvel e-mail reçu attire mon attention. Les initiales de l’expéditeur ne me disent rien : G.K. Sujet : Je sais… Un mauvais pressentiment me saisit à la gorge. Inexplicable. Mon cœur bat vite. J’ouvre le message : je sais tout. Présente-toi demain soir à cette adresse si tu tiens à ton travail, à ta réputation. Et à ta vie.

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’Orient-Le-Jour / F(r)ictions / Bad Trip (episode 3)

Bad trip. J’ai peur de me retourner. Monsieur ? On me rappelle. Je me tourne. Une femme, la cinquantaine, empâtée, me dévisage, regard plein de jugement. La vue de son uniforme me rassure : une femme de ménage. Je crois que je suis perdu, je cherchais la salle de bains, je mens. Il n’y a rien à l’étage, Monsieur. Les toilettes pour invités sont en bas. Je vous accompagne. M’a-t-elle vu sortir de la chambre de Yasmina ? Je ne sais pas d’où elle est venue, ce qu’elle a vu, ça me démange. Je me sens transpirer sous ma chemise. Nous arrivons en haut de l’escalier, je freine et la regarde dans les yeux : Bon, écoutez Madame, merci beaucoup. Et glisse un billet de cinquante dans la poche de son tablier. Son sourire narquois me met en confiance. Me rassure. Devrait-il ? Je n’ai pas le choix. Prions.

Rez-de-chaussée. Il y a visiblement moins de personnes que tout à l’heure, ce qui me fait douter de ma notion du temps. Quelle heure est-il ? La batterie de mon portable est morte et je ne mets pas de montre. Ma tête ne tourne plus, cette histoire m’a complètement dégrisé. Mais qu’est-ce qui m’a pris, bordel ? Il faut que je rentre, tout de suite. Je ne sais pas si je dois trouver mes hôtes, les remercier d’abord, s’ils me croient déjà parti. Non, ça ne se fait pas. J’entrevois la silhouette de Leila – la maîtresse de maison, ma patronne, la mère de Yasmina – tellement de dénominations qui me semblent mâles, indécentes. Je cache mon embarras et me dirige vers la cuisine où elle se trouve.

Leila ?
Adam ! Mais tu as disparu ! Tout se passe bien ? Tu es tout pâle… Ce n’est pas de la comédie, elle est vraiment concernée.
Ça va, ça va. J’ai juste eu besoin de prendre l’air un peu, je suis allé me balader sur la plage. En prononçant ces mots, je me demande combien de personnes m’ont vu sur l’escalier du premier étage.
Quel dommage. J’avais envie de passer plus de temps avec toi. Elle se rapproche. À l’écart. Encore. Mais, ce n’est que partie remise ? Elle pose sa main sur mon entrejambe. Je suis surpris par ma capacité de bander, même qu’à moitié, après le cauchemar que je viens de subir. James Dean revient. J’incline la tête et plisse les yeux.
Ce n’est que partie remise. Un clin d’œil pour conclure.

J’abandonne la cuisine la tête haute, le buste fier. Je me sens victorieux. La villa n’est plus aussi sinistre qu’il y a trois minutes. Je ne transpire plus. Des au revoir et des à demain aux quelques collègues encore présents. Une poignée de main à Makram, que je regarde dans les yeux en souriant. Quel imbécile… s’il savait. Et là, tout change. Mon sourire s’estompe à la vue d’une silhouette à l’étage, en haut, à droite. La femme de ménage se dresse. Sévère et menaçante. Me fixe froidement. Rappel à la réalité. Mes genoux s’affaiblissent. Ma posture se recroqueville. Je me sens petit. Mort d’inquiétude.

Je traverse la terrasse, parcours le parking, arrive à ma voiture. Je monte. Je démarre le moteur. Ceinture de sécurité. Petite hésitation. Je plonge ma main dans la poche de mon pantalon. Rien. Un vide terrifiant. La culotte en dentelle noire a disparu.

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’Orient-Le-Jour / F(r)ictions / Dans le Noir (episode 2)

Et voilà ! Un Belvédère on the rocks pour Adam ! Merde, le mari de ma directrice. Je l’avais complètement oublié celui-là.
Ah super, merci Makram. Dégueulasse.
Alors, tu la trouves comment ?
J… Je la trouve comment ? Pardon ? Je suis grillé.
La maison, Adam. Tu aimes bien ?
Ah, mais bien sûr. Oui, j’adore. Mais quel con, quel con. La petite Yasmina s’éloigne. Tu m’excuses une minute ? Je dois passer un coup de fil.

J’avale mon Belvédère on the rocks et sprinte vers la petite. Des mecs à cigares traînent près de l’entrée, échangeant des solutions miracles à la crise économique nationale ; d’autres, vautrés sur un grand fauteuil beige, discutent de sport et de l’argent dans le sport. Une voix me déchire les tympans :
Adam ! Ramène-toi. Les gars du marketing, complètement défoncés. J’ai un appel urgent, j’arrive. Je m’éclipse derrière le fauteuil, le téléphone sur ma tempe. Je fais semblant de discuter et continue de suivre la gamine vers un escalier. Elle monte les marches. Je m’arrête en dessous, adossé sur la balustrade. Je dévore des yeux ses cuisses vibrantes de jeunesse. J’ai envie de les mordre. Elle disparaît derrière une porte et je repère sa chambre.

Je continue à boire et à hocher de la tête pendant que le gang du marketing parle de l’iPhone 6. Tout le monde se contredit mais je continue, quand même, de hocher, acquiesçant à des propos dont je n’ai rien à cirer. Mon regard est scotché sur la chambre à l’étage, dont la lumière est éteinte depuis un bon quart d’heure déjà. Je reviens, les gars. Je pose ma main sur la rampe de l’escalier et commence à monter.

Je suis devant la porte. Je l’ouvre et m’apprête à m’excuser. Je retiens mon souffle : aucune réaction, aucun mouvement. Rien. La pièce est plongée dans un noir inquiétant, un sinistre silence. Un corps effondré sur le lit, immobile. Je ferme la porte derrière moi et patiente. M’impatiente. Une éternité qui m’attise. Mes yeux s’habituent à l’obscurité. Et je la vois. Un drap blanc, léger, presque transparent, enveloppe ses formes. Divines. Des jambes interminables, indomptables, s’échappent. Je les parcours doucement, mes doigts flottant à quelques pauvres centimètres de sa peau. Je vibre. Salive. Ravale. J’arrive à ses chevilles, fines et suaves, manque de peu de les empoigner. D’enfoncer ses pieds dans ma bouche. D’enfoncer mes dents dans ses veines. Qu’elle se réveille en hurlant. Qu’elle s’évanouisse de terreur. Puis de plaisir. Le matelas tangue et me rappelle à la réalité. Instinctivement, je me vautre sur le sol. Terrorisé. Je ne respire plus. Pétrifié. Je transpire. J’attends qu’elle se rendorme.

Je n’ai aucune notion du temps, mais la tempête est passée. Je pense. Je prends appui sur la moquette pour me relever, la paume de ma main frôle un objet. Un tissu. Une culotte. Dentelle. Noire. Je couvre mon visage avec. Je la hume. J’aime. J’ai envie de ricaner. Je me ressaisis. Je froisse la culotte et l’étouffe dans la poche de mon pantalon. Je me relève doucement. Yasmina dort. J’entrouvre la porte, la voie semble libre. Je sors. Et puis une voix :
Vous cherchez quelque chose ?

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr

L’Orient-Le-Jour / F(r)ictions / La Fin de l’Ete (episode 1)

Mon portable sonne. Son prénom sur l’écran m’excite. Elle m’invite à dîner jeudi, entre collègues, dans sa villa en bord de mer. Pour mieux se connaître. Je reste silencieux et m’allonge sur mon futon. Ça fait une semaine que je bosse avec elle. Qu’elle me hante sans arrêt. La nuit, dans mes rêves. Le matin, mes draps trempés. La journée, ses jambes croisées – dans ma tête, écartées, debout face au mur. Je ferme les yeux et m’imagine derrière elle. Je réponds: Avec grand plaisir. Et raccroche.

Jeudi. Novembre et ça sent la fin de l’été. Plus d’escapades à Decks On the Beach pour danser. Plus de soirées soûlantes au SkyBar par obligation. Une vingtaine de convives occupent l’immense maison, imbibés de rouge et de blanc. C’est sympa de te voir ici… Mais oui, moi aussi. Raconter des conneries. Mentir à tout le monde. Et continuer à boire pour que le temps passe. Sur la terrasse, un chat noir se balade nonchalamment sur la rambarde. Parfois, il fait semblant de s’apprêter à bondir, avant de se rassoir sur ses pattes arrière; souvent, il observe longuement le sable en dessous, en prenant bien soin d’allonger son cou vers le bas. Et les femmes frémissent de frayeur. Je suis en pleine discussion avec ma directrice et son mari, sans vraiment écouter ce qu’ils me racontent. Je suis très occupé à l’imaginer, elle, plus jeune, et elle, nue, avant que des dizaines d’hommes ne l’aient touchée. Avant qu’elle n’ait épousé ce type. Pourquoi? Comment fait-elle pour le baiser? Dégueulasse. Je tressaille et débande.

Il propose de nous resservir à boire et on le laisse partir. Et soudain, un silence. Je regarde autour de moi, nous sommes seuls sur la terrasse. Je reste planté devant elle, l’alcool me monte à la tête. Je suis James Dean. Les yeux plissés et la tête inclinée. Non. Johnny Depp dans Don Juan DeMarco. Je veux qu’elle frissonne rien qu’en me regardant. Qu’elle me supplie de la toucher. Me dévorant du bout des yeux. Qu’elle me supplie encore. Prends-moi. Elle me sourit. Tend son bras puis se rétracte. Détourne le regard. Je ne dis pas un mot. J’aime la mettre mal à l’aise. Je tends le bras à mon tour et effleure sa peau humide. Je la trouble et ça m’excite. Je rebande déjà. J’avance un peu plus. Elle est faite pour me prendre dans sa bouche. Je me rapproche. Une voix de femme m’interrompt.

Salut maman! Une gamine. 19 ans à la limite.
Yasmina! Tiens, je te présente Adam, notre nouveau collègue. Barely légal, comme sur les sites porno.
Bonsoir Yasmina. Ça la fait glousser. Elle me serre la main. Elle se retourne vers sa mère.
Maman, je suis fatiguée. Je vais monter me coucher. L’âge de ma fille. Rien à foutre.
Ok hayété, bonne nuit.
Bonne nuit maman. Enchantée, Adam. Mon prénom sur ses lèvres.
Enchanté, Yasmina. À bientôt.

Elle nous abandonne, je la regarde partir. J’évite de dévorer ses fesses du regard. Pas devant la mère. Un collègue me fait signe du salon. Bingo. Je me dirige vers lui, les yeux scotchés sur la petite. Cette soirée pourrait se terminer mieux qu’elle n’avait commencé.

ShareShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on LinkedInShare on Google+Share on Tumblr